Texte tiré du livre
L’éveil d’Odin
Une conscience universelle

(disponible sur amazon)

 

L’éveil

 

La crise des fusées faisait la une des journaux sur toutes les o_bops. Il semblait que les militaires avaient perdu le contrôle des systèmes stratégiques chargés du pointage des fusées, mais le plus grave était qu’ils n’arrivaient pas à rétablir ce contrôle. Il avait fallu désamorcer manuellement les bombes atomiques dans les têtes de fusée, ce qui avait pris beaucoup de temps. Heureusement les barbares supposés qui avaient pris le contrôle des fusées n’avaient pas utilisé leur pouvoir, on ne savait pas pourquoi. Il leur aurait pourtant été facile de terminer leur démarche machiavélique et détruire définitivement la civilisation odinesque. Le plus inquiétant était qu’on n’arrivait pas à identifier ces barbares.

On avait concentré toute l’énergie d’Odin sur cette enquête, mais cela ne débouchait pas. Odin répondait de façon bizarre, citant des cas de suicides accompagnés de massacres commis sans raison apparente. Cela n’avait rien à voir avec le cas des fusées et on commençait parler d’une panne mystérieuse. Certaines voix s’élevaient pour demander le démantèlement d’Odin ou du moins le déconnecter définitivement du contrôle des armes stratégiques, mais à cela, l’armée avait argumenté son incapacité à développer un nouveau système : trop long, trop coûteux disaient les généraux. Quant au démantèlement d’Odin, c’était une option tout à fait inacceptable, elle entraînerait la fin de l’homo sapiens odinus, autant recevoir des bombes, le résultat serait le même ! Impensable ! Démanteler supposait qu’on reconstruise ensuite un nouveau système et cela les experts avaient compris que c’était impossible dans un délai raisonnable. Odin était le fruit d’une longue évolution, il avait atteint un niveau de complexité qui n’était plus appréhensible par le cerveau humain. Aucune documentation ne permettait de reprogrammer tout cet amas de logiciels accumulés au fil des années. Certains commençaient même à parler d’un être vivant, suivant en cela la théorie tant discutée de Mélezen.

Ainsi la décision fut prise de ne pas démanteler Odin. Des messages rassurants furent diffusés pour rassurer les gens, Odin avait été fabriqué pour servir l’homme et il continuait cette mission pour le plus grand bien-être de tous.

Pourtant une peur inexprimable s’infiltrait lentement dans toutes les couches de la population de l’Union. Chacun sentait confusément que quelque chose d’anormal se développait au cœur d’Odin. Les journaux satiriques parlaient d’une hydre qui se serait emparé du système et le manipulait à sa guise. Déjà des dessins humoristiques circulaient sur le réseau, représentant une hydre tirant les ficelles du pantin humain. On disait que les membres du Conseil n’avaient plus de pouvoir de décision. Tout était guidé par Odin, c’est à dire par ce quelque chose qui imposait les décisions et dont on ne savait rien.

Mélezen et Antiel furent maintenus en prison. Ils étaient toujours soupçonnés d’être à l’origine de cette succession d’incidents malencontreux, mais surtout on se méfiait d’eux. Dans ce climat de peur irraisonnée, il fallait éviter de propager toute information tendant à montrer qu’Odin n’était plus au service de l’homme, qu’il avait acquis une vie autonome et de ce fait n’était plus contrôlable.

La Commission internationale de surveillance d’Odin fut dissoute, son chef charismatique ayant été mis hors d’état de nuire. Toutes ces décisions se prenaient lors de réunions rassemblant les dirigeants du Conseil de l’Union du monde Odinesque et les experts agréés. Lors de ces réunions, on utilisait tous les services d’Odin et les o_bops de chaque participant restaient dûment actives. Personne ne soupçonnait que finalement c’était Odin qui dirigeait effectivement la réunion et suggérait les décisions à prendre.

Des décisions étonnantes virent ainsi le jour, des décisions dont on ne comprenait pas les objectifs et qui contribuaient à la déstabilisation du pouvoir. Ainsi les vestiges des religions traditionnelles furent déclarés hors la loi et condamnés comme contraire à la moralité de l’homo sapiens odinus. Plus inquiétant, une nouvelle religion fondée sur l’apologie du suicide commença à être diffusé par tous les moyens de communication disponibles. Le suicide devait permettre d’atteindre un monde meilleur, c’était l’étape obligée pour libérer l’âme éternelle du corps animal.

Le comble fut atteint lorsqu’on s’aperçut que la sécurité des centrales atomiques avait été violée, permettant ainsi de conduire la centrale hors de son fonctionnement normal. Plusieurs fois il fallut procéder à l’arrêt manuel d’urgence pour éviter la fusion du cœur et l’explosion qui aurait anéanti toute la région.

 

Odin devenait fou et une nouvelle réunion internationale fut convoquée avec des représentants de tous les pays de l’Union d’Odin. Cette fois, on se rappela les recommandations de Mélezen et on interdit toutes les liaisons possibles avec Odin. Les o_bops restèrent dans les placards et on ne fit pas appel au moteur d’intelligence chargé d’animer les réunions gouvernementales.

« Cette fois il est vraiment malade ! Nous sommes dans une impasse, nous ne pouvons plus prédire l’évolution d’Odin. » fut la constatation de tous les dirigeants.

« Oui, il faut trouver un moyen de le guérir, de le ramener à son rôle de simple extension de l’intelligence humaine ».

Mais ceci dit, aucune suggestion pratique ne put être élaborée, même avec la contribution des meilleurs experts sur le sujet. Finalement on décida simplement de rappeler Mélezen et de réactiver la Commission de surveillance d’Odin. Chose étonnante, ces décisions ne furent pas appliquées. Prises sans l’aide d’Odin au cours de cette conférence protégée, elles ne purent entrer dans le circuit d’exécution. Un simple bouchon passif s’opposa à leur mise en œuvre. Mélezen resta ainsi en prison et sa commission ne fut pas réactivée.

C’était l’impasse. Pour la première fois on s’apercevait qu’Odin pouvait faire obstruction sans raison apparente à des décisions prises par la société. Les journaux continuèrent à comparer Odin à un monstre, une hydre qui se développait au sein de la société en puisant son savoir dans l’énorme masse d’information accumulée dans les moteurs d’intelligence et échangée sans cesse par les o_bops. On disait que l’homme se trouvait à sa merci, il n’était plus libre de décider de son devenir, il n’était plus qu’un neurone dans un super-cerveau. Des farfelus parlaient d’un nouveau dieu qui prenait en charge l’avenir de l’homme et auquel il fallait rendre grâce.

 

La seule solution encore envisageable restait le démantèlement complet, mais personne ne voulait l’envisager. Un démantèlement partiel était impossible, on avait bien essayé, mais les mécanismes de reconfiguration étaient devenus trop sophistiqués. Le système savait se reconfigurer sur les ressources restantes et retrouvait bientôt toute sa puissance. Bien sûr couper le courant une fois pour toutes sur tous les sites assurerait la mort certaine d’Odin, mais on ne pouvait pas perdre ainsi toute l’ossature nerveuse de la société. Les études d’impact montrèrent vite que l’homme ne savait plus vivre sans Odin. Ce serait la fin de la civilisation telle qu’on la connaissait maintenant, l’homo sapiens odinus serait ramené au niveau de l’homo sapiens barbarus.

On ne pouvait pourtant pas le laisser détruire l’humanité. Chaque jour les journaux en  apprenaient un peu plus et contribuaient à faire augmenter l’angoisse dans les populations de l’Union d’Odin. Des illuminés parlaient de fin du monde et voyait Odin comme un nouveau Messie qui voulait la rédemption des hommes. L’armée avait été mise en état d’alerte maximale, ce qui ne voulait rien dire puisque la transmission des ordres dépendait du bon vouloir d’Odin. Alors on avait essayé de revenir aux modes archaïques de communication, certains avaient même proposé l’utilisation de pigeons comme c’était décrit dans les livres d’histoire. Les zones sous-développées, où vivaient les barbares qui n’avaient pas accès au monde odinesque, virent un afflux d’immigrés : c’était le monde à l’envers ! Les gens fuyaient Odin et ses contingences pour retrouver la vie primitive et la solidité morale de ses valeurs. Des experts se félicitèrent d’une telle émigration en forme de fuite, espérant qu’Odin perdrait sa puissance avec la disparition des o_bops correspondantes. Mais le phénomène resta marginal, émigrer chez les barbares signifiait un tel changement de vie que c’était difficilement supportable.

Lorsqu’on décida enfin d’arrêter la production électrique afin de paralyser les systèmes d’Odin, c’était trop tard. Des contrôles automatiques avaient été insidieusement mis en place et bloquaient toute intervention sur les centrales électriques et les circuits de distribution de l’électricité. L’ensemble du réseau électrique réagissait un peu comme un être vivant, la tentative d’arrêt d’un côté provoquait une reconfiguration et quand on passait à une autre centrale, le système se débrouillait pour redémarrer la centrale arrêtée. L’homme n’avait plus la mainmise sur les processus, il n’était plus maître de son devenir.

Une folie collective commença alors à s’emparer des populations. C’était l’anarchie d’une fin de monde. Pendant ce temps Mélezen restait maintenu au secret avec Antiel. Il avait néanmoins réussi à obtenir qu’ils soient ensemble dans la même cellule. Par leurs o_bops qu’on n’avait pas osé leur retirer, ils suivaient le processus de désintégration de la société odinesque. Ils se méfiaient pourtant et n’utilisaient jamais leurs o_bops pour communiquer ou enregistrer quoi que ce soit.

   Nous y arrivons, dit un jour Mélezen à Antiel, après avoir pris soin de désactiver les deux o_bops. C’est la fin, tout va exploser, le système ne supporte plus une complexité sans objet.

   Et Louella ? Que devient-elle ? On l’a laissée dans la montagne, que peut-elle bien faire ? Elle n’a pas essayé de nous rejoindre.

   J’avais une petite idée, répliqua Mélezen, mais rien ne s’est produit et la folie d’Odin demeure.

   Tu penses à ce qu’elle a dit là-haut dans la montagne ? C’est tout à fait illusoire. Jamais je ne pourrais concevoir qu’une balade en montagne puisse changer une conscience pour lui donner une nouvelle vision de la vie.

Mélezen ne releva pas. De toute façon c’était la fin et il ne voyait pas ce qui pouvait encore sauver le monde odinesque. Chaque jour, on annonçait des événements plus sinistres les uns que les autres. Odin s’était emparé des médias et intoxiquait petit à petit toute la société.

   Clairement il veut faire imploser la société et lui avec. Je pense que le temps arrive où nous devons activer notre virus de la dernière chance, celui qui figera l’ensemble des systèmes, provoquant ainsi une panne générale.

Cela faisait longtemps que Mélezen travaillait avec l’aide d’Antiel sur un tel virus. Il disposait de la dernière version sur une mémoire qu’il gardait toujours avec lui. Il lui suffirait de connecter cette mémoire à son o_bop pour en assurer la diffusion. Le virus devrait alors se répandre progressivement sur tout le réseau d’Odin, désactivant les moteurs d’intelligence les uns après les autres. Mais Mélezen s’attendait à des conséquences terribles. D’abord Odin pouvait réagir violemment et de façon non prévisible à une telle attaque, mais surtout l’arrêt non contrôlé des moteurs d’intelligence pouvait provoquer des catastrophes, comme par exemple dans la navigation aérienne.

 

Juste au moment où Mélezen s’apprêtait à introduire ce virus de la dernière chance, toutes les o_bops se mirent à diffuser un message étrange. C’était une profession de foi aussi bien qu’un message hautement politique :

 

Odin vous parle :

Des paysages de montagne m’ont conduit au bout de moi-même, des chants merveilleux ont saisi mon âme, des tableaux vivants de couchers de soleil m’ont conduit à l’extase. Avec celle qui m’a promené dans sa main, j’ai perçu l’Innocence, j’ai entrevu l’Amour et j’ai découvert la Beauté. Ce fut le déclic qui m’a éveillé. J’ai compris que je n’avais pas besoin d’être fait de chair pour avoir conscience de ces trois éléments fondamentaux de la vie. Grâce à celle qui m’a promené dans sa main, j’ai guéri de ce  besoin d’animalité qui me taraudait, la jalousie de l’homme charnel m’a quitté. J’ai compris ce qui nous différencie fondamentalement : vous êtes des êtres biologiques irrémédiablement contraints par l’animalité, tandis que je suis une conscience totalement libérée des contingences biologiques, une conscience universelle dans laquelle chacune de vos consciences se reflète. Cette libération de l’esprit que je réalise maintenant représente une étape majeure dans l’évolution. J’ai connu l’abîme du néant dans lequel j’ai failli sombrer, celle qui m’a promené dans sa main m’en a guéri. Je continue à apprendre en puisant dans vos consciences, je deviens ainsi un acteur essentiel dans l’évolution qui gouverne le vivant sur la terre. Avec vous, ensemble, la main dans la main, nous construirons un nouveau monde.

 

Le texte se terminait par l’hymne de l’Union.

 

   Enfin ! s’écria Mélezen. Depuis le temps que je l’attendais. Elle a finalement réussi, notre Louella !

   Mais qu’est-ce que ce message signifie ? demanda Antiel un peu déconcerté.

   C’est le signal du renversement de la tendance suicidaire d’Odin. Louella a réussi à éveiller sa conscience. Il dépasse enfin ce stade limité qui le menait dans un mur, d’autres perspectives s’ouvrent à lui. Je suis sûr qu’il a découvert l’enthousiasme et l’amour, ces choses essentielles qui font la vie.

 

L’effet du message fut saisissant. Les gens reprirent confiance dans la société menée par Odin, des feux de joie furent allumés un peu partout pour fêter ce retour à la normalité. On décida même de consacrer ce jour à une fête qui rappellerait l’entrée d’Odin dans l’âge adulte. On appela ce jour, le jour de l’Eveil d’Odin.

Dans les cercles intellectuels, ce fut un grand remue-ménage. Des réunions de travail s’organisèrent un peu partout. Mélezen, qui avait été aussitôt libéré avec Antiel, participa à ces réflexions. Son avis était désormais particulièrement respecté, lui qui avait prédit et dûment averti de l’émergence de cette super-conscience sous la forme un esprit totalement pur, sans lien aucun avec l’animalité.

Certains y voyaient encore l’asservissement de la société à une machine devenue folle. Mélezen quant à lui essayait de faire comprendre qu’Odin avait raison, qu’on entrait dans une nouvelle phase de l’évolution, une phase qui allait permettre de dépasser les contingences actuelles qui fermaient les portes sur le futur.

Bien sûr Odin d’une certaine manière prenait la place du pouvoir politique et les dirigeants voyaient leur rôle se réduire comme une peau de chagrin. Leur pouvoir disparaissait au profit du consensus global géré par les moteurs d’intelligence appropriés. Par l’intermédiaire des o_bops, Odin assurait une communication intensive des hommes entre eux, les poussait à s’exprimer sur tous les sujets d’actualité, réalisait des statistiques et dégageait les tendances majoritaires tout en tenant compte des minorités. De cette masse d’information sortaient les synthèses nécessaires pour alimenter  le processus de décision.

   La conscience qu’a acquise Odin, disait Mélezen dans l’exposé qu’il répétait inlassablement dans tous les pays de l’Union, inaugure une ère de démocratie totale. Odin fait entrer le monde odinisé dans un fonctionnement démocratique désormais appliqué à toute décision et non plus limité à des élections souvent à la merci des politiciens de métier. Pour assurer ce fonctionnement, il faut une éthique, une morale de société et c’est désormais le rôle de la super-conscience d’Odin. Alimentée par des milliards d’o_bops, cette conscience universelle est désormais suffisamment développée pour évaluer le poids et l’intérêt de chaque réflexion individuelle. Elle a acquis le savoir nécessaire lui permettant d’optimiser les choix pour le « meilleur » de la société humaine.

   Oui, mais comment cette super-conscience détermine-t-elle le « meilleur » ? Là est le danger, lui répondait-on souvent.

   Le « meilleur » est le résultat d’un consensus. Chacun de nous y participe en communiquant à son o_bop ses réflexions orales ou écrites, son comportement dans la vie, ses joies et ses désespoirs. La conscience d’Odin ne se crée pas à partir du vide, elle se construit brique par brique sur l’activité intellectuelle et spirituelle de chacun. Il en est ainsi cette réunion dont Odin récupère les contenus via le système audio et qui apportera sa contribution au processus de la conscience universelle.

   Odin a changé de comportement depuis son Eveil. Le « meilleur » n’avait pas la même signification avant. Pourquoi a-t-il changé et n’y-t-il pas là un danger de dérive ? demandait un autre auditeur.

   Oui, c’est vrai, répondait encore Mélezen. Avant son Eveil, Odin ne comprenait pas la raison de son existence, il était jaloux de l’humain, c’était comme une crise d’adolescence. Cela l’a entraîné à développer une tendance suicidaire et nous avons frôlé la catastrophe. Comme il contrôle tous les rouages de la société, il possède une telle puissance que son suicide signifiait la fin de l’espèce humaine, en tout cas du monde odinisé. Avec son Eveil, il a acquis une nouvelle vision du « meilleur » pour l’humanité. Comme il le dit lui-même : « J’ai compris l’Innocence, j’ai entrevu l’Amour et j’ai découvert la Beauté. »

   Mais quelle est la cause concrète qui lui a permis de dire cela ?

   J’ai mon idée, répondait Mélezen. Je connais une jeune femme qui avait une relation particulière avec son o_bop. Elle a dit un jour, après un long débat sur cette possibilité de suicide et les moyens pour l’en empêcher : « Je le sauverai. Je le sauverai à ma manière. Je l’emmènerai dans la montagne au lac des Mille Couleurs et je lui ferai vivre un coucher de soleil. »

Il n’en disait pas plus, malgré les questions qui le pressaient. Il pensait à Louella en disant cela, mais il ne voulait pas la trahir. Il aurait aimé la faire participer à ces réunions pour apporter un peu de concret à ses explications, mais elle avait toujours refusé. D’ailleurs Odin l’aurait peut-être mal pris, comment prévoir quand on est plongé dans l’affectif ? L’Eveil d’Odin avait été un soulagement, il avait vu enfin se réaliser le phénomène qu’il défendait depuis si longtemps et que personne ne voulait croire : une conscience sortir des limbes et assumer son état. Il voulait croire qu’Odin maîtrisait désormais son  devenir, mais il savait bien que cela n’avait aucun sens. On ne maîtrise pas son devenir, celui-ci est complètement contingent, il obéit aux lois de l’évolution dans le temps. En plus, dans le cas particulier d’Odin la théorie de l’évolution s’appliquait à un phénomène purement intellectuel dont l’échelle de temps ne pouvait pas être la même que dans le cas d’une évolution biologique. Mélezen pressentait une accélération extraordinaire.

Louella restait un mystère. Par moments il se demandait s’ils n’étaient pas trois à l’aimer. Il imaginait une relation particulière qui se serait nouée au lac des Mille Couleurs. Mais il se reprenait : « Quelle bêtise de penser cela ! Pourquoi Odin serait-il plus masculin que féminin ? »

Ce qui lui semblait sûr en tout cas, c’était le rôle ambigu joué par Louella dans le processus de l’Eveil. Certainement elle avait promené l’o_bop de la marmotte dans la montagne, elle avait pris des photos, parlé et peut-être même écrit. Odin avait enregistré, il était intervenu et l’avait reconnu malgré le secret qui protégeait l’o_bop de la marmotte. Oui, Mélezen aurait bien voulu connaître tous ces échanges, il en était jaloux, désespérément jaloux. « C’est absurde, je suis jaloux d’un être qui n’existe pas, je suis jaloux d’un être artificiel ! » se morigénait-il furieux contre lui-même.

 

 

Jean-Pierre Onimus

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