Texte tiré du livre « Les histoires d’Ernest et d’Ernestine »
(par Jean-Pierre Onimus)

 

 

La révolte des grenouilles

 

 

   Une catastrophe ! C’est une catastrophe, déclara Anourelle, la reine des grenouilles, à Ernestine. Il faut faire quelque chose, cela devient insupportable !

Cela faisait quelque temps que Dame cigogne s’était installée sur la cheminée de la maison. Elle avait commencé à construire son nid avec de grands branchages qu’elle allait chercher dans la forêt proche. Quand elle n’était pas occupée avec son nid, elle descendait sur les berges de la mare pour chasser la grenouille. Il faut dire que Gros Cochon Pigou mangeait comme deux depuis qu’on lui avait enlevé son arête et il n’était pas question qu’il laisse une part de son écuelle à Dame cigogne malgré les remontrances de Marie.

Bien que plutôt hostiles envers cet oiseau aristocratique monté sur ses longues échasses, Ernest et Ernestine se sentaient obligés de l’accueillir sur les bords de leur mare, on ne chasse pas comme cela un doudou de Marie !. Mais Dame cigogne ne leur jetait même pas un coup d’œil, ce qui l’intéressait c’était les grenouilles qui pullulaient à cet endroit. Corvusse avait raison quand il avait dit à Ernest que la cigogne apprécierait son séjour, elle n’avait pas besoin de courir la campagne pour se nourrir, les ressources de la mare lui suffisaient bien ! Evidemment ce n’était pas l’avis de la gent grenouille, d’où la plainte justifiée d’Anourelle, la reine des grenouilles.

Marie connaissait cette grenouille puisqu’elle lui avait donné un nom. Elle l’avait découverte un jour qu’elle paressait sur les bords du petit lac, s’amusant à faire des ricochets avec des galets plats qu’elle récupérait dans la rivière proche. La grenouille faisait la sieste sur un matelas de mousse humide, confortablement recroquevillée sur elle-même comme le font les grenouilles, c’est à dire en repliant leurs grandes jambes sous leur corps, restant ainsi prête à sauter au moindre danger.

La grenouille avait sans doute faim parce qu’elle n’eut pas peur quand Marie lui donna un petit morceau de son goûter. Elle se mit à manger le morceau de gâteau sans autre souci, tout en jetant quand même un regard suspicieux vers la petite fille. Marie se sentit alors suffisamment en confiance pour oser un geste qui aurait normalement dû déclencher un saut suivi d’un plouf dans la mare, elle posa son doigt sur la tête de la grenouille et lui fit une charmante petite caresse. Ce geste fut à l’origine d’une amitié durable. Chaque fois que le temps lui permettait, Marie descendait à la mare avec son goûter, chaque fois la grenouille l’attendait sur le matelas de mousse et chaque fois la cérémonie se répétait.

   Elle est mon doudou pour le goûter ! disait-elle à tout le monde. Désormais il me faut un doudou pour le goûter comme un doudou pour m’endormir !

Hamilcar entendit cette remarque et se mit à rire dans sa moustache.

   Quelle idée d’avoir un doudou grenouille ! C’est la chose la plus absurde que j’ai jamais entendue !

Rien que l’idée de toucher cette chose froide et mouillée lui faisait hérisser le poil d’horreur. Vite il conclut que cette grenouille ne représentait pas un concurrent sérieux pour sa place sur le lit de Marie, aussi il se désintéressa définitivement de la question.

Marie finit par donner un nom à cette grenouille, ce fut Anourelle. Elle élabora à son habitude ce nom en le dérivant du mot anoure qui identifie l’ordre auquel appartiennent les grenouilles. Marie ne pouvait pas voir un animal ou une plante sans essayer de le classer, « Je serai biologiste plus tard, disait-elle au vétérinaire, je dois apprendre à tout classer ! »

Elle donna ce nom à sa grenouille lorsqu’elle se fut assurée de savoir la reconnaître entre toutes les grenouilles qui vivaient autour du lac. Elle nota ainsi des petits détails, la forme de la tête, les taches sur son dos et surtout ses jambes qu’elle avait particulièrement longues, ce qui lui permettait des sauts impressionnants. D’ailleurs Marie s’amusait à faire sauter toute grenouille qu’elle rencontrait et jamais elle n’en avait trouvé une qui saute aussi loin qu’Anourelle ! « C’est  donc la reine des grenouilles ! » déclara-t-elle un jour.

Mais outre le saut, Marie découvrit un autre don à la reine des grenouilles, son chant. Marie adorait le chant des grenouilles le soir dans sa chambre quand elle attendait le sommeil qui viendrait l’emporter dans la nuit. Et quand le chant des grenouilles commençait à prendre de l’ampleur avec l’arrivée de la lune, il lui semblait qu’une voix plus forte que les autres assurait l’harmonie de l’ensemble, « C’est Anourelle qui est le chef d’orchestre ! » racontait-elle au vétérinaire quand celui-ci passait un moment avec elle après avoir réussi le vêlage difficile d’une vache. Le vétérinaire adorait ces histoires par lesquelles Marie faisait vivre les animaux comme s’ils étaient doués d’une certaine conscience.

Anourelle était donc devenue la reine des grenouilles, Marie en avait ainsi décidé. Même Ernestine, qui n’aimait pas particulièrement les grenouilles, avait compris qu’Anourelle faisait désormais partie des histoires qu’elle entendait chaque jour Marie raconter et qu’il fallait en tenir compte ! C’est pour cela qu’elle accepta d’écouter les doléances d’Anourelle, sinon elle lui aurait bien donné un coup de bec pour l’envoyer valser dans l’eau !

 

Ernestine se retrouva bien embêtée devant la plainte d’Anourelle. Dame cigogne la méprisait avec hauteur et ne l’écouterait même pas si elle essayait d’intercéder. Comment alors protéger les grenouilles de la mare ? Marie semblait s’être tellement entichée de cette cigogne qu’il ne fallait pas espérer une aide de ce côté là. Dame cigogne avait tous les droits, même celui de manger les grenouilles de la mare !

En manque d’idée, Ernestine s’en alla voir Gros Cochon Pigou. Souvent ce gros cochon pataud l’étonnait en sortant une idée originale ! « Pourtant, lourd comme il est et toujours inquiet qu’on lui vole sa nourriture, il ne semble pas porté à écouter les problèmes des autres ! » disait-elle à Ernest.

Par chance, ce jour là Gros Cochon Pigou était très en colère contre Dame cigogne.

   Rends-toi compte : cette cigogne se croit tout permis ! Ce n’est pas parce qu’elle est montée sur de grandes échasses qu’elle a le droit de me voler la moitié de mon écuelle de nourriture. C’est à croire qu’il n’y a plus de grenouilles dans la mare !

   Oui, mais tu es assez grand pour te défendre, lui rétorqua Ernestine. Ce n’est pas le cas des grenouilles. Leur reine est venue se plaindre auprès de moi.

   Ecoute, elle nous méprise tous, montée comme elle est sur ses échasses. Nous sommes des rampants, presque des vers de terre ! Pour discuter avec elle, il faut arriver à se mettre à sa hauteur.

   Facile ! intervint Hamilcar qui passait par là. Il suffit que nous montions sur des échasses nous aussi !

Ernestine regarda Hamilcar avec admiration. Comment ce chat qui ne pensait qu’à sa sieste avait-il pu avoir une si merveilleuse idée ? Mais en fait Hamilcar n’y était pour rien, simplement il avait vu Marie s’exercer en secret à monter sur des échasses.

   Je veux marcher comme une cigogne, avait-elle déclaré à son père.

Et ce dernier lui avait aussitôt fabriqué deux échasses pour petite fille. Il lui fallut plusieurs jours avant de maîtriser ce nouveau moyen de locomotion, mais quel succès quand elle sortit enfin dans la cour montée sur ses échasses !

   Voilà ! s’écria-t-elle. Je suis aussi grande que Dame cigogne maintenant, je peux discuter avec elle d’égal à égal !

La chute qui suivit vint vite affirmer le contraire, mais Marie ne s’avouait jamais vaincue. Bientôt elle se sentit suffisamment sûre pour défier Dame cigogne sur ses échasses. Justement la cigogne se promenait au bord de la mare, profitant de ses grandes jambes pour avancer dans l’eau.

   C’est trop bien ! s’écria Marie. Moi aussi je vais entrer dans la mare.

La cigogne fut bien surprise quand elle vit la petite fille la rejoindre dans l’eau. Elle en oublia même la grenouille qu’elle surveillait depuis quelque temps, cette dernière en profita d’ailleurs pour se mettre à l’abri sous un rocher.

   Maintenant je suis à ton niveau, déclara la petite fille enchantée. Je peux te parler face à face !

Et joignant le geste à la parole, elle allongea une petite caresse sur la tête de la cigogne.

Pour Ernestine qui surveillait tout cela, c’était la solution miracle. Il ne restait plus qu’à se procurer des échasses. Heureusement Marie eut la même idée. Elle se mit dans la tête que Hamilcar et Ernestine devaient l’accompagner dans la découverte du monde nouveau auquel les échasses permettaient d’accéder.

Le père de Marie émit quelques réserves sur l’opération, mais comment refuser quelque chose à Marie ! Ainsi il construisit quatre échasses pour le chat et deux pour Ernestine. Marie aurait bien aimé mettre Gros Cochon Pigou dans le coup, mais là le refus de son père fut net : « Il est bien trop balourd pour monter sur des échasses ! » Ernestine ne manqua pas d’approuver, quant à Gros Cochon Pigou, loin d’être vexé, il fut au contraire bien soulagé d’être dispensé d’une telle expérience !

Tous les habitants de la ferme se retrouvèrent dans la cour pour admirer les premiers pas de Hamilcar sur ses échasses. Ce n’est pas qu’il ait tout tenté pour se défiler, mais Marie le tenait à l’œil et l’avait menacé de toutes les représailles possibles s’il ne relevait pas le défi, la pire étant de ne plus avoir accès à son lit le soir. Alors ses quatre échasses fixées sur ses pattes, Hamilcar fut bien obligé d’accepter de voir ses pattes allongées d’au moins un mètre ! Mais sa souplesse de félin lui permit de garder l’équilibre et on le vit bientôt marcher fièrement sur ses quatre échasses comme s’il était né avec. Il faut dire qu’avec quatre pattes, c’est sûrement plus facile qu’avec deux ! D’ailleurs ce fut plus difficile avec Ernestine, mais celle-ci s’aida de ses ailes pour se tenir debout sur ses échasses et tout se passa bien.

   Maintenant il faut des échasses pour chaque poule ! déclara Marie à son père. Ainsi nous aurons toute une basse-cour montée sur échasses !

   Voilà ce que nous allons dire à Dame cigogne, souffla Ernestine à Hamilcar.

Et tous les deux s’en furent vers la mare où régnait la cigogne. L’effet produit par nos deux échassiers amateurs fut assez saisissant ! Dame cigogne n’en crut pas ses yeux, voilà que ces deux là qu’elle considérait comme des vermisseaux se mettaient à sa hauteur ! Hamilcar, heureux comme un roi de découvrir les possibilités offertes par l’extension de ses pattes, s’empressa d’empiéter sur le domaine réservé de Dame cigogne. Il se mit à marcher sur les bords de la mare, là où l’eau affleure, faisant ainsi sauter les grenouilles affolées, les pauvres croyaient voir un vrai échassier mangeur de grenouille. Le gros noir chat riait de joie dans sa moustache, il n’avait plus peur de se mouiller les pattes, c’était un nouveau monde qu’il découvrait, le monde des échassiers ! Mais pour Dame cigogne, c’était un affront insupportable surtout qu’en courant partout sur ses échasses, Hamilcar envoyait tout son repas se réfugier sous les pierres dans l’eau !

Alors quand Ernestine, désormais rehaussée au niveau de Dame cigogne, menaça de mettre toutes les poules sur échasses, cette dernière comprit qu’elle allait devoir compter avec ceux qui habitaient au ras de terre. Quelle supériorité lui resterait-il s’ils se montaient tous sur des échasses ? Pouvait-elle être encore une Dame ? Peut-être l’appellerait-on simplement noiraude à cause de sa queue noire ? Un cauchemar pour cet aristocrate !

C’est ainsi que Dame cigogne accepta de changer son territoire de chasse et de ne plus fréquenter la mare des canards.

Le soir venu, Anourelle manifesta la victoire en entraînant toutes les grenouilles de la mare dans un chant ébouriffant. On avait l’impression que toute la mare chantait comme si les grenouilles pullulaient partout. C’était au point que Dame cigogne commença à regretter l’engagement qu’elle avait pris ! Elle imagina un festin de grenouilles jusqu’à ne plus pouvoir en avaler !

   Je ne croyais pas qu’il restait autant de grenouilles pour chanter le soir, remarqua Marie accoudée à sa fenêtre.

   Oui ! marmonna Hamilcar déjà allongé sur le lit. Et c’est bien dommage, elles vont encore m’éclabousser chaque fois que je m’aventure au bord de la mare sans échasses !

   La cigogne reviendra dans la mare, c’est sûr. Elle aime trop les grenouilles ! répliqua pensivement Marie. Anourelle est mon amie, je dois la défendre, mais j’aime aussi Dame cigogne et je voudrais bien qu’elle reste ici et fasse son nid sur la cheminée.

Hamilcar se contenta de lisser ses moustaches avec sa patte. Ce genre de réflexion ne le touchait guère, ce qui importait à l’instant présent était de s’allonger bien au chaud contre la petite fille et de commencer à ronronner comme un bon chat !

Ce fut le vétérinaire qui rassura Marie sur la cohabitation des grenouilles avec la cigogne.

   C’est bientôt l’hiver, il va faire froid et les grenouilles vont s’enterrer pour attendre le printemps. Elles seront à l’abri.

   Mais alors Dame cigogne n’aura plus rien à manger ? s’inquiéta Marie sans se rendre compte de la contradiction avec son souhait de protéger les grenouilles de la mare.

   Eh oui ! Ta cigogne aurait dû suivre la migration. Il faudra que tu la nourrisses pendant l’hiver. Au printemps prochain, elle reprendra la migration vers le nord.

 

La cigogne souffrit peu de l’hiver. Marie réclama une écuelle spéciale cigogne, une écuelle à laquelle Gros Cochon Pigou n’aurait aucun droit. Chaque matin pour le petit-déjeuner, Dame cigogne venait taper contre le carreau de la fenêtre de la cuisine et Marie s’empressait de la laisser entrer. Comme cela, elle prenait son petit-déjeuner avec elle. L’écuelle de la cigogne comprenait des restes des derniers repas, mais Marie complétait avec des morceaux de pain bien beurrés. Le dimanche, la cigogne avait même droit à un croissant. Il se disait beaucoup de choses entre les deux copines que personne ne comprenait évidemment et Restitue avait bien des difficultés pour arriver à ce que sa fille soit prête pour attraper le bus de l’école.

   Ce serait bien si Dame cigogne pouvait m’emmener sur son dos, disait Marie en pestant contre l’horloge qui la menaçait sans cesse.

Quand les jours de grand froid arrivèrent, Marie conduisit sa cigogne dans la grange au-dessus de l’étable de Caroline.

   Ici tu n’auras pas froid, lui dit-elle après lui avoir expliqué comment entrer par la petite fenêtre. Caroline et ses commères sont juste en dessous et c’est un bon radiateur !

Oui ! On ne peut pas dire mais Marie était aux petits soins pour sa cigogne. C’était au point de rendre jaloux Hamilcar dont ce n’était pourtant pas le principal défaut ! Il se sentait délaissé, on ne s’occupait plus de lui ou si peu !

   Par exemple, se plaignit-il un jour à Ernestine, le matin mon bol de lait n’est même plus tiède ! Et puis elle ne me prend plus dans ses bras, elle préfère s’occuper de sa cigogne ! Du coup j’oublie de ronronner !

   Ah oui ! plaisanta Ernestine. Sans Marie, il n’y a plus de Hamilcar ! Finies les chattemites, oubliée la nuit au chaud. Bientôt tu oublieras même comment ronronner ! Tu n’auras plus qu’à demander à Gros Cochon Pigoo de te prêter une place dans sa bauge ! Finalement que vaut un chat, pourtant équipé de belles moustaches, devant l’amitié d’une cigogne !

De fureur Hamilcar sortit ses griffes, hérissa ses poils et gonfla sa queue. Il cracha dans sa moustache :

   De toute façon, cette cigogne va s’en aller au printemps, le vétérinaire l’a dit ! Ce sera un bon débarras.

Heureusement pour le pauvre Hamilcar, c’est bien ce qui arriva. Au mois de mai, on commença à voir passer haut dans le ciel les vols d’oiseaux migrateurs. Chaque vol formait un grand V, l’oiseau en tête du V, sans doute le plus vieux et le plus sage, dirigeait la bande. A chaque vol, Dame cigogne levait la tête et écoutait les appels incessants qui tombaient du ciel, mais il ne s’agissait jamais de cigogne. Il y avait eu les canards, puis les oies et bien d’autres plus petits oiseaux, mais les cigognes se faisaient attendre.

Hamilcar surveillait aussi les vols des migrateurs avec intérêt. C’était l’arrivée des cigognes qui le débarrasserait de sa concurrente auprès de Marie.

   Ce n’est pas encore ce vol, disait-il à Dame cigogne. Ce ne sont que des oies sauvages. Mais les cigognes vont arriver bientôt, prend patience.

De la patience il en fallait et le pauvre chat était de plus en plus énervé devant ces vols qui se succédaient sans que ce soit des cigognes. Il s’en alla comme d’habitude pleurnicher auprès d’Ernestine :

   Si les cigognes ne passent pas, la nôtre ne va pas vouloir partir toute seule. Je vais encore devoir la supporter pendant un an ! C’est insupportable !

Le grand jour arriva pourtant. C’était un des derniers vols qui passaient au-dessus de la ferme, une grande bande bien formée en V. Hamilcar n’y croyait plus et ne dédaigna même pas lever la tête. Ainsi il ne vit pas le V se mettre en tourner en rond puis à descendre droit sur la ferme. Les cigognes atterrirent dans le champ près de la rivière. A peine posées sur le sol, elles se mirent à claqueter toutes ensemble dans un bruit infernal. Clairement ce n’était pas pour les grenouilles qu’elles étaient venues, bien qu’elles en profitèrent un peu à l’occasion.

Les poules, affolées par le bruit, se mirent à courir dans tous les sens en caquetant des mots sans suite.

   Elles appellent leur cigogneau, annonça Ernestine pour les calmer. Elles sont venues le récupérer.

Les adieux furent déchirants. Dame cigogne s’était trop habituée à la vie dans la ferme, elle avait oublié l’aventure de la migration. Et puis il y avait Marie, la petite fille qui l’avait sauvée et nourrie pendant l’hiver. Comment la quitter ? Pourtant l’envie de la migration faisait vibrer ses ailes, il fallait partir. Alors après une dernière caresse avec Marie, elle rejoignit ses consœurs qui l’attendaient dans le champ.

L’envol des cigognes ne passa pas inaperçu. Il s’effectua dans un grand claquement d’ailes qui s’entendit jusque dans la forêt et dont le bruit attira Smirle. Le pauvre renard s’imaginait sans doute que des poules s’étaient enfuies dans les champs et qu’il n’y avait qu’à se servir !

Hamilcar poussa un soupir de soulagement et sauta dans les bras de Marie. « C’est juste pour la consoler ! » dit-il à Ernestine, mais en fait c’était pour reprendre sa place de doudou préféré et retrouver son ronron favori !

Ce qu’il ne savait pas, c’est que Dame cigogne avait pris un engagement auprès de la petite fille.

   Je reviendrai, avait-elle dit, je reviendrai à chaque migration. La prochaine fois sera à l’automne prochain.

Ainsi Dame cigogne revint deux fois par an à l’automne et au printemps. La bande allait se poser au lac des Mille Couleurs pour se restaurer en grenouilles tandis que Dame cigogne venait directement à la ferme retrouver Marie qui l’attendait chaque jour d’automne ou de printemps. Ce jour là ce n’était plus Hamilcar qui était le doudou préféré de la petite fille !

 

Jean-Pierre Onimus