Texte tiré du livre
L’éveil d’Odin
Une conscience universelle

(disponible sur amazon)

 

Arrestation d’Antiel

 

Antiel savait que quelque chose n’allait pas, mais le message n’était pas clair sur ce que cela pouvait bien être. Il embrassa Louella une dernière fois avant de se retirer dans son bureau. Il voulait organiser le plus vite possible une réunion de travail avec ses collaborateurs. Il fallait faire le point, les autres pouvaient avoir reçu le même message et avoir des idées sur son origine. Il fit sa demande au moteur d’intelligence et attendit la réponse. Il savait que le système possédait les agendas à jour des différentes personnes concernées et trouverait facilement la première heure possible. Le moteur tiendrait même compte des priorités et pourrait décaler des réunions moins urgentes. Déjà Antiel imaginait les o_bop des personnes qu’il avait citées dans sa demande se mettre trépigner pour les enjoindre de participer à la réunion à telle heure. Effectivement il reçut assez rapidement une confirmation que la réunion se tiendrait dans une demi-heure. Il sourit, satisfait : le moteur d’intelligence avait bien pris en compte l’urgence de sa demande.

Il avait une demi-heure pour préparer la réunion et le moteur d’intelligence ne manqua pas de le lui rappeler. Il n’était pas question que la réunion débute sans un objectif identifié et un agenda précis. Il devait envoyer toutes ces informations au moteur avant la réunion, sinon celle-ci serait automatiquement annulée. Ce fut facile, il envoya une copie du message d’alerte et décrivit en deux mots l’objet de la réunion : une discussion avec ses collaborateurs, une dizaine d’experts extrêmement qualifiés, sur la prise de connaissance du message et son interprétation. Il lui restait une dizaine de minutes pour terminer son petit-déjeuner avec Louella et il s’empressa d’en profiter. Chaque minute passée avec Louella était si précieuse qu’il ne voulait pas en manquer une seule ! Il n’en revenait pas de l’avoir trouvée, il l’aimait à la folie, il la sentait vivre en lui, sa présence se réverbérait sur tous les pores de sa peau. Il avait une gratitude infinie envers le moteur d’intelligence qui arrangeait les mariages. Souvent il pensait que la découverte de Louella avait été un miracle, même s’il savait bien que cela avait simplement été le fruit d’un processus algorithmique bien exploité.

L’analyse du message fut difficile. Pourtant le moteur d’intelligence Antiel, produit par la société Antiel, faisait tout ce qu’il pouvait pour animer et contrôler la réunion. Antiel avait choisi une télé-réunion pour pouvoir la tenir dans les meilleurs délais, mais pour la première fois, il s’apercevait des limitations que cela pouvait entraîner dans la réflexion commune. Le contenu du message était beaucoup trop ambigu, son interprétation nécessitait un peu d’irrationnel. Le moteur d’intelligence semblait buter sur cette analyse, chaque tentative débouchait sur une impasse. Il triait les idées par domaine, essayait de faire des recoupements, suscitait des développements, mais malgré cette aide, la discussion entre les experts n’arrivait pas à produire un résultat tangible.

On dirait que quelque chose le bride ! s’exclama Antiel découragé. C’est comme si on essayait de l’empêcher de fonctionner normalement, comme si on ne voulait pas qu’il nous aide à expliquer ce message ambigu.

Finalement Antiel termina la réunion, laissant au moteur d’intelligence le soin de dresser un compte rendu, mais il savait bien que ce compte rendu serait vide de sens. Il demanda à ses collaborateurs de travailler chacun de son côté et proposa une prochaine réunion, une réunion « vive » cette fois-ci. Ce terme « vive » était utilisé pour désigner les réunions physiques par-rapport aux télé-réunions, dîtes « virtuelles ».

Antiel dirigeait une petite entreprise spécialisée dans les logiciels de protection contre les attaques des pirates. Les pirates étaient un genre de l’homo sapiens odinus qui avait mal évolué. Très intelligents et au fait des dernières technologies introduites dans Odin, ces pirates appartenaient à différentes confréries. Certains faisaient cela par simple jeu, développant des virus qui venaient perturber le fonctionnement normal des o_bops, ils avaient même institué une sorte de prix annuel qui récompensait le meilleur canular, comme par exemple le virus dont l’action avait été suffisamment efficace pour détruire des données personnelles sur les o_bop, obligeant l’utilisateur à un rechargement complet ou bien celui qui avait introduit un piège farfelu dans lequel tombait les gens peu avertis. Souvent c’était plutôt l’aspect humour qui était ainsi récompensé, plutôt que l’aspect technologique pur. Ces pirates du week-end étaient considérés comme une nuisance avec laquelle il fallait s’accommoder et même en rire parfois.

Ce n’était pas à cette catégorie que s’adressait la société d’Antiel. C’était à des pirates autrement plus dangereux, des pirates qui appartenaient au grand banditisme, en particulier dans le domaine financier ou qui pratiquait l’espionnage industriel. Certains étaient même à la solde d’organisations barbares qui cherchaient à déstabiliser le monde odinisé en organisant des attentats « virtuels » touchant au cœur d’Odin.

Grâce aux compétences de l’équipe qu’Antiel avait su recruter, sa société avait acquis une réputation mondiale et ses clients se comptaient parmi les plus grosses entreprises ou administrations. C’était une belle réussite, mais il savait que le moindre faux pas pouvait ruiner la réputation de sa société et le message d’alerte reçu ce matin l’inquiétait au plus au point. Les attaques de pirates consistaient généralement à introduire dans Odin des petits virus loufoques qui perturbaient le fonctionnement des o_bops, mais elles pouvaient aussi être des attaques sévères avec l’objectif de voler des informations sensibles ou espionner des échanges de données, particulièrement des données bancaires. Contre ces attaques, les logiciels de protection devaient en permanence être tenus à jour et c’était tout le travail de la société d’Antiel.

Ce domaine de la sécurité le passionnait. Il avait même été un peu pirate dans sa jeunesse, juste par jeu et pour évaluer les faiblesses d’Odin. Il s’était fait connaître par de nombreuses études qu’il avait publiées sur le sujet et il avait fini par monter sa société, la société Antiel, en recrutant les meilleurs cerveaux dans ce domaine. Souvent il s’agissait d’anciens pirates qui avaient plusieurs fois réussi à briser les remparts de la sécurité et à accéder aux données sensibles. Antiel le savait, mais c’était la règle dans sa société d’oublier le passé des gens et de ne s’intéresser qu’au résultat. L’originalité de leur travail consistait à essayer par tous les moyens de trouver les points faibles qui pourraient permettre d’entrer dans les zones protégées d’Odin et de corriger ces failles avant qu’un pirate ne les découvre et les utilise. C’était une lutte permanente, chacun utilisant les mêmes méthodes. Le génie d’un pirate égalait souvent celui d’un expert de l’équipe d’Antiel, ils en arrivaient même à se connaître virtuellement et à s’estimer !

Cette fois-ci pourtant, le pirate semblait l’avoir devancé et avait réussi à s’infiltrer dans un endroit sensible. Peut-être avait-il laissé là un virus prêt à infecter les o_bops ou, pire, prêt à se propager dans les moteurs d’intelligence. Heureusement le logiciel Antiel, installé par la société d’Antiel chez ses clients, avait réussi à détecter l’intrusion. C’était un bon point, mais insuffisant parce qu’il ne donnait aucune indication précise sur l’attaque subie, ni les risques encourus. De plus on ne disposait d’aucun élément pour identifier la faille par laquelle s’était engouffré le pirate. C’était cela qui inquiétait Antiel. Il décida d’informer tous ses clients d’un danger potentiel de piratage non encore identifié, tout en assurant que sa société mettait tout en œuvre pour résoudre le problème dans les meilleurs délais. Bien sûr en faisant cela, il prenait le risque de déconsidérer sa société en montrant son impuissance, mais pour lui la franchise faisait partie de sa déontologie et peut-être représentait sa qualité première. Les clients appréciaient.

Le lendemain, comme il s’y attendait, il reçut beaucoup de coups de téléphone de clients inquiets. C’était toujours le même dialogue :

   Ce qui arrive là est inadmissible ! Comment osez-vous envoyer un tel avertissement sans donner plus d’information ? C’est beaucoup trop vague et par conséquent terriblement inquiétant.

   Oui, je sais. Le problème est justement que cette alerte sort de l’ordinaire. Il ne s’agit pas d’un piratage classique, pour lequel nous aurions déjà trouvé la réponse. Nous ne savons pas encore dans quelle direction chercher, ni même s’il s’agit vraiment d’une tentative d’intrusion. Peut-être s’agit-il simplement d’un « tag ».

   On n’a jamais vu un « tag » arriver à se faire passer pour une action de piratage ! Ce n’est pas possible.

La mode des « tags » avait dérivé depuis l’époque des tags physiques que les jeunes s’amusaient à dessiner dans toutes les couleurs possibles sur la moindre surface plane, de préférence dans les transports en commun pour que tout le monde y prête attention. Maintenant on était passé aux tags virtuels, qui venaient s’insérer sur l’écran, perturbant la lecture. On avait bien sûr inventé des moteurs d’intelligence chargés du nettoyage, mais comme leurs ancêtres peintres, les tagueurs modernes avaient l’esprit fertile et trouvaient toujours de nouveaux moyens pour diffuser leurs signatures. La justice était sévère pour ceux qui se faisaient prendre, mais le jeu était trop divertissant pour arrêter les jeunes tagueurs dans leur passion.

   Pourtant cette alerte semble tout à fait irrationnelle et pourrait rappeler la démarche d’un « tagueur », répondait Antiel. Nous ne voyons aucune action ciblée sur des données sensibles ou la mise en place d’un dispositif d’écoute pirate, mais nous continuons les investigations. Je voulais simplement vous informer d’un risque potentiel non identifié.

   Ecoutez, je comprends, concédait finalement le client, mais il nous faut des informations plus précises. En attendant nous allons continuer à restreindre l’accès aux services et aux données sensibles de façon à ce que le pirate éventuel ne puisse profiter de sa percée à travers Odin. Mais cela ne peut durer longtemps, chaque minute pendant laquelle nous ne vendons pas le service coûte de l’argent.

Dans les bureaux de la société Antiel, on ne travaillait plus que sur le problème. Tous les employés savaient que la survie de leur société était en jeu. Les clients attendaient : il fallait trouver la faille ouverte par les pirates et fournir une procédure de protection dans les heures à venir. Il y avait des sociétés concurrentes sur le marché, ces sociétés devaient déjà être informées du problème et la première qui saurait trouver une solution marquerait un point important.

Heureusement la société Antiel avait un cran d’avance avec sa technologie des virus amis. C’était une idée d’Antiel : propager sur le réseau un virus spécialement développé pour surveiller et détecter toute intrusion à travers les remparts de protection. C’était un tel virus qui avait émis le fameux message d’alerte, malheureusement il n’avait pas su identifier le problème et le message restait inexploitable en l’état. Les experts d’Antiel travaillaient donc à développer un nouveau virus plus élaboré qui pourrait mieux identifier la cause de l’alerte. Ils diffusèrent en fait plusieurs virus amis différents, espérant ainsi mieux cerner l’action du pirate. Pourtant, malgré tous ces efforts, la recherche piétinait. Pire même, on ne détectait plus rien, comme si le pirate avait renoncé à profiter de la faille qu’il avait réussie à créer. Aucun client ne semblait subir d’intrusion dans son système informatique, aucun vol de données n’était signalé, aucun virus ne semblait se propager sur le réseau, infectant les o_bops et perturbant leur fonctionnement.

Au bout de quelques jours de recherche intense, Antiel décida de tout arrêter. Il diffusa à ses clients un nouveau logiciel de protection, affirmant que cette version permettait de contrôler la menace et les remercia de leur patience. Les services sensibles qui avaient été bloqués furent remis en ligne et Odin retrouva sa pleine puissance.

C’est un message reçu personnellement qui l’incita à abandonner les recherches, un message non équivoque qui le menaçait lui et sa famille de mesures de rétorsion graves s’il continuait à bloquer les services d’Odin. Curieusement ce message n’avait pas d’origine explicite, l’émetteur semblait être un organisme interne et n’était pas clairement identifiable. Par mesure de précaution, Antiel préféra ne pas informer ses collaborateurs, il n’avertit pas non plus la police. Il pressentait quelque chose d’irrationnel, quelque chose qui dépassait la technologie la plus avancée, quelque chose qui pouvait avoir des conséquences incalculables pour l’humanité. Ce pressentiment, il ne pouvait en parler à personne, c’était trop fou et il perdrait toute crédibilité.

Les jours qui suivirent furent très sombres. Antiel ruminait dans sa tête sans dire un mot, ni même saluer ses employés. Ceux-ci voyaient passer dans les couloirs, l’air préoccupé, sans rien voir, sans même donner de nouvelles directives. Pourtant les clients avaient accepté l’explication qu’il avait inventée pour justifier la suspension des services d’Odin. Personne n’était venu se plaindre d’un manque de professionnalisme, personne n’avait imaginé que la nouvelle version du logiciel Antiel n’apportait rien de substantiel. Bien sûr, on avait apporté quelques modifications visibles dont le seul but était de convaincre le client que le problème était sous contrôle, mais il aurait été facile pour un expert de comprendre que ces modifications n’avaient pas de but bien défini et qu’en fait la société Antiel n’avait rien corrigé parce qu’elle n’avait toujours aucune piste. Le plus étonnant fut qu’aucun aucun client ne fit jouer la clause de pénalité pour alarme abusive. La suspension des services avait eu un coût important et les clients auraient pu se retourner contre la société Antiel. Ce mystère obsédait Antiel, il avait maintenu une réunion chaque jour sur le sujet avec ses meilleurs experts mais aucune solution ne semblait émerger comme si une chape de plomb couvrait tout ce qui concernait le sujet.

Louella commença à s’inquiéter, elle connaissait Antiel trop intimement pour ne pas s’apercevoir qu’il y avait quelque chose. Elle essayait de le réconforter, de lui faire dire son souci, mais il ne répondait pas, écartant toute question d’un geste. Elle comprit finalement qu’il ne lui dirait jamais ce qui le préoccupait et son inquiétude s’accrut. Les petits déjeuners, si plaisants d’habitude, devenaient étrangement pesants. Chacun buvait son café en silence, l’échange était rompu et ils n’arrivaient plus à se retrouver.

Finalement, Antiel imagina un virus ami capable de détecter l’existence de l’hypothèse folle qu’il avait en tête. Il rassembla toute son équipe, exposa le problème et la solution imaginée. On le crut fou, personne ne pouvait croire à une chose pareille, mais il était le patron et tous se mirent à l’œuvre. C’était un développement très délicat et il fallut beaucoup de temps pour arriver à une première version expérimentale du virus ami. Cette version fut enfin diffusée sur le réseau et commença à envahir tous les moteurs d’intelligence, comme prévu. Il n’y avait plus qu’à attendre les résultats. Chacun surveillait son o_bop dans l’espoir de voir arriver un message signalant quelque chose d’anormal.

Il se passa alors quelque chose d’étrange, que personne dans la société Antiel n’avait envisagé : le virus ami disparut. Il disparut sans laisser de traces, comme absorbé, digéré par Odin. Mais avant de disparaître, il put émettre un message d’appel au secours dont le contenu laissa l’équipe d’Antiel infiniment perplexe. Antiel semblait avoir raison dans son hypothèse folle, mais le message était insuffisant pour prouver quelque chose. Il fallait sophistiquer le virus ami pour en savoir plus et le rediffuser. Tout le monde avait repris le travail sur ce sujet quand la police débarqua dans les bureaux de la société. Tous les employés et leur patron furent arrêtés sous le prétexte d’avoir voulu pirater Odin. Tous les documents, les disques d’ordinateurs, les o_bops furent saisis et les locaux placés sous scellés.

Quand Louella apprit cette arrestation, elle se précipita chez l’avocat d’Antiel. Antiel faisait souvent appel à cet avocat pour se défendre contre les procès intentés par des pirates qui s’estimaient injustement condamnés. L’avocat lui expliqua qu’Antiel et ses collègues étaient inculpés pour avoir commis des actes de piratage. Il lui demanda si elle pouvait décrire les opérations qu’ils avaient menées ces derniers temps. Elle se rendit compte alors qu’elle ne savait pas expliquer le travail qui mobilisait tellement Antiel et son équipe. Elle avait bien compris qu’il s’agissait de quelque chose d’extraordinaire, difficilement croyable, mais Antiel n’avait jamais voulu lui expliquer. Il disait que c’était beaucoup trop sensible et qu’il voulait la protéger. L’avocat lui précisa qu’il serait très difficile de contrer cette accusation sans des éléments précis sur les buts que la société Antiel poursuivait en diffusant ce virus ami.

Ce fut le début d’une période désespérante. Louella était sûre qu’Antiel et ses collaborateurs n’étaient pas coupables, mais elle n’avait aucun moyen de le démontrer. Elle ne pouvait même pas accéder aux bureaux et aux ordinateurs de la société, qui étaient sous scellés. Elle ne dormait plus et sanglotait pour un rien. Curieusement son o_bop n’arrêtait pas de sonner pour lui proposer des sorties, un théâtre, un cinéma, une croisière, comme si on voulait la distraire de son désespoir, lui faire penser à autre chose et l’inciter ainsi à abandonner toute recherche sur la cause de l’accusation qui visait son mari. Un jour, elle reçut même un message de l’administration lui proposant un revenu équivalent à celui de son mari, sous réserve de faire confiance en la justice et de ne pas chercher à l’influencer avec des informations douteuses. Des forces, dont elle commençait à soupçonner la puissance, cherchaient à l’étouffer et elle comprit petit à petit que ces forces allaient gagner. Elle finirait par se soumettre et peut-être même croire en la faute supposée d’Antiel.

Dans une dernière volonté de révolte, Louella décida de rencontrer un ancien ami, Mélezen.

Elle avait connu Mélezen à l’université et en avait été follement amoureuse. Ils avaient vécu quelque temps ensemble, elle avait été heureuse, mais des doutes la rongeaient parfois. Alors elle avait consulté Odin qui connaissait normalement le profil de chaque personne et la réponse était revenue un peu confuse. Odin ne semblait pas bien connaître Mélezen, ce qui était extraordinaire, parce que tout le monde était dûment catalogué dès la naissance. Odin disposait en effet du profil de chaque personne, un profil qui incluait même une analyse psychologique élaborée suite aux rapports établis au cours de la vie, des rapports de différentes origines mais toujours enregistrés dans les bases des moteurs d’intelligence. Tout fait relevé par Odin contribuait à cette analyse  psychologique, comme les résultats d’examen, les conseils de classe, les états médicaux fournis par les médecins consultés, les verbalisations de conduite, les entretiens de carrière, etc… Un moteur d’intelligence spécialisé élaborait le profil psychologique à partir de toutes ces données. Pourtant dans le cas de Mélezen, rien de tout cela existait, à part le certificat de naissance. C’était comme s’il était parvenu à se faire occulter de la surveillance d’Odin.

Cette absence de profil psychologique avait contribué à inquiéter Louella. Mélezen était extrêmement intelligent, mais son caractère sauvage lui faisait peur. Elle cherchait la normalité et elle ne pouvait pas concevoir qu’on puisse exister sans une relation étroite avec les moteurs d’intelligence d’Odin. Ils avaient finalement décidé d’un commun accord de se séparer, tout en restant bons amis. C’était du moins ce qu’elle voulait croire, bien qu’au fond d’elle-même la souffrance de la séparation restait toujours latente. Elle avait tout fait pour oublier, mais rien que le nom de Mélezen pouvait encore mouiller ses yeux. Après l’université, Mélezen avait disparu. Il n’apparaissait plus dans aucun annuaire, il semblait s’être évaporé, échappant ainsi au fichage systématique dans les bases d’Odin. On ne savait même pas s’il avait réussi les examens. Pourtant un lien ténu le liait encore avec elle, une boîte aux lettres secrète, connue d’eux seuls, leur permettait d’échanger des messages. Ils s’étaient ainsi suivis à distance pendant quelques années en échangeant de courts messages, puis ils avaient interrompu. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas essayé d’utiliser cette boîte, peut-être marchait-elle encore, Louella décida d’essayer. Elle sentait confusément que Mélezen, avec son caractère sauvage, hors de toute convention, pourrait l’aider à sauver Antiel.

 

Jean-Pierre Onimus